Imaginez un instant qu'avec quelques amis, vous êtes invités à une soirée ou vous serez amené à rencontrer et socialiser avec plusieurs nouvelles connaissances. La soirée se déroule plutôt bien et les gens sont sympatiques. À un certain moment, bien installés, un verre à la main, vous vous retrouvez dans une conversation de groupe à propos d'une activitée pratiquée, et par vos amis proches et par l'une des personnes que vous venez de rencontrer à cette soirée. La conversation est animée et permet à vos amis de tisser de nouveaux liens avec cette personne nouvellement rencontrée à travers cette passion commune.
Bien que vous soyez familier avec cette activitée dont il est question, vous ne la pratiquez pas vous-même. Malgré cela, vous êtes attentif à la conversation se déroulant autour de vous. Cette nouvelle connaissance, prenant pour acquis que vous-même pratiquez cette activitée spécifique étant donné votre présence fortuite au sein de ce groupe de vos amis qui eux la pratique, vous inclu inconsciemment, au cours de la conversation, dans ce groupe spécifique de gens pratiquant cette dite activitée. Tout cela parce que vous étiez là, à cet endroit préçis, à ce moment propice au sein d'un groupe de personne s'adonnant à ce hobby sans toutefois vous y adonner vous-même. À aucun moment de la conversation, vous n'avez pourtant laissé sous entendre que vous pratiquiez également cette activitée, pourquoi est-ce que cette personne vous a donc, vous aussi, catégorisé comme tel?
Nous sommes tous coupables de ce type d'association automatique à un niveau ou à un autre. Nous assumons une panoplie de faits à propos de gens que nous rencontrons au quotidien sans qu'eux-même ne nous aient confirmé ce que nous avons conclu à leur propos. Qu'est-ce que cela suggère sur nous même et sur la façon dont notre esprit fonctionne? De plus, à combien de reprises avons-nous succombé à ce type d'automatisme au cours de notre vie sans même le réaliser et combien d'événements ce comportement as-t-il influencé tout au long de notre parcours qui auraient pu avoir un tout autre dénouement?
Nous ne le saurons probablement jamais et certains argumenterons certainement que cela est de toute façon dans la nature de l'homme et qu'il est inutile de chercher à s'en affranchir. Est-ce vrai ou est-ce qu'au contraire, une fois conscient de cet état de fait, avec certains efforts, pouvons-nous parvenir à cultiver une plus grande objectivitée?
Sunday, November 22, 2009
Monday, November 2, 2009
Shamanisme et Soufisme: même objectif, mêmes techniques.
Ce n'est pas un secret, le shamanisme représente en quelque sorte la " proto-religion " ou l'origine de ce qui est considéré " pratique spirituelle " chez l'homme. Dans son livre Shamanism - Archaic techniques of Ecstasy, Mircea Éliade brosse le tableau le plus complet ayant été fait à ce jour de ce qu'est le shamanisme en passant au peigne fin les cinq continents dans le but de définir ce qu'il est exactement. Tâche ardue s'il en est une puisque les ethnologues tentaient déja, depuis plusieurs décennies, de trouver une définition satisfaisante de ce qu'est un " shaman " sans que cela ne se solve par un consensus définitif. Parfois nommés guérisseurs et sorciers mais également oracles, guides spirituels ou encore prêtres, le concept du shamanisme continua à éluder toute étiquette jusqu'à ce qu'Éliade élabore sa formule.
La plupart des mythes religieux dont sont constituées nos religions contemporaines proviennent de l'époque précédant l'histoire écrite. Des symboles comme l'axis mundi, c'est à dire l'axe du monde, présenté sous la forme d'un arbre, d'une montagne, d'une échelle, d'une corde ou encore d'une liane reliant le ciel et la terre et qu'il est possible d'utiliser pour visiter autant les mondes inférieurs que supérieurs, datent d'avant l'avènement du monothéisme. La mort et la résurrection sont également des symboles intrinsèques au shamanisme puisque dans la plupart des traditions shamaniques, le shaman endosse finalement son rôle seulement après une initiation ou il doit " mourir ", de façon symbolique et revivre à sa nouvelle vie. La visite de monde supérieurs mais aussi de mondes inférieurs et la rencontre avec certaines entitées fait également partie intégrante du shamanisme.
C'est donc après avoir étudié le phénomène pendant de longues années que Mircea Éliade élabora une définition officielle pour décrire le shamanisme. Une définition se situant au delà des attributs culturels relatifs à l'endroit et à l'époque. Il décrivit le shamanisme ainsi: un éventail de techniques pratiquées dans le but de générer l'ecstase.
Que ce soit par le biais de la musique, du chant, de la danse ou de l'intoxication, le shaman se spécialise de par sa capacité a entrer dans une transe ecstatique lui permettant de vivre toute une gamme d'expériences innaccessibles à d'autres. Le shaman est le spécialiste de l'abstrait; quand les moyens habituels ne suffisent plus, c'est lui qui offre de nouvelles pistes de solutions. Dans un monde ou la force brute offre l'avantage sur les compétiteurs, le shaman est celui qui possède la clé des symboles de l'imaginaire et c'est ce qui lui permet d'altérer l'esprit de ses semblables et ainsi de les inspirer. Il est l'artiste primordial.
Bien sûr, avec l'avènement de l'agriculture voila environ douze mille ans, la société humaine autrefois nomade, commence à entrevoir les avantages d'un mode de vie sédentaire et développe donc une nouvelle forme de culture basée sur la stabilité résultant d'une compréhension accrue des cycles naturels. Les premiers signes de cette forme de cohabitation se retrouvent au proche-orient, au coeur du croissant fertile, à des endroits comme le site de Çatal Huyuk, considérée comme ayant étée l'une des premières " villes ". C'est donc dans cette zone que se bâtirent les premières civilisations et c'est aussi là que prirent forme les premières religions organisées, d'abord polythéistes mais aussi éventuellement monothéistes.
C'est dans ce contexte que vécu Abraham, à qui l'on doit, si l'on en croit la légende, le monothéisme avec lequel nous sommes désormais familiers et c'est en Égypte que nacquis le fondateur du Judaisme, Moise. Ce dernier, au sommet du Mont Sinai, parla à Dieu et reçu de lui des instructions qui lui permettèrent d'élaborer les fondations du judaisme et de guider les hébreux hors d'Égypte, loin de l'influence du pharaon de l'époque. Ce mythe contient une bonne quantité de symboles également attribués au shamanisme et comme l'époque n'était pas loin ou celui-ci constituait encore l'essence de la pratique religieuse humaine, il est normal qu'il ait influencés les nouvelles religions en devenir. Le fait, par exemple, que Moise ait reçu sa révélation, les dix commandements, au sommet du Mont Sinai, évoque clairement le concept de l'axis mundi que le shaman escaladait depuis des temps immémoriaux dans le but de s'entretenir avec les " grands esprits " et de ramener ensuite l'information à son peuple.
Après Moise vint Jésus qui, selon la légende, passa quarante jours de solitude à jeûner dans le désert et occupa le reste de sa vie à révolutionner le système religieux déja en place et à prêcher en faveur d'un mode de vie simple orienté vers le Divin. Cela fit de lui un personnage légendaire à qui on attribut des qualitées divines. Sa mort fit de lui un martyr ainsi qu'un être hors du commun puisque, selon la légende, trois jours après avoir été cruçifié il revint à la vie. Cela n'est pas sans évoquer le concept d'initiation permettant au shaman de devenir un guide pour sa communauté au prix de sa vie. De plus la croix, sur laquelle il fut cruçifié, n'est pas sans rappeller elle aussi l'axis mundi permettant d'accéder à la révélation. Il serait possible ici de plonger dans l'analyse de plusieurs autres symboles chrétiens dérivés du shamanisme, par exemple le mythe du serpent et du jardin d'Éden, le serpent étant un symbole intrinsèque au shamanisme, mais cela ne ferait qu'allonger cette présentation.
Finalement apparait Muhammad, prophète de l'islam. La vie de Muhammad est particulièrement teintée de symbolisme shamanique. On n'a qu'à penser à l'endroit ou se produisit sa première révélation, le sommet du Mont Hira' ainsi que la nuit du Mi'raj ou il chevaucha Buraq, mythique créature ailée semblable a un cheval envoyée par Dieu dans le but de le porter jusqu'aux sept cieux ou il eux le loisir de s'entretenir avec ses ancêtres, c'est à dire tout les prophètes de la tradition d'Abraham mais aussi avec Dieu lui même.
L'islam engendra une tradition difficile à catégoriser nommée soufisme. Les soufis et leur pratique sont difficiles à décrire. Souvent considérés comme les mystiques de l'islam, les soufis s'évertuent, à l'instar du shaman, à atteindre un état ecstatique résultant du contact avec la présence divine. Autrement dit, tout comme le shamanisme, le soufisme oriente ses adeptes vers l'expérience directe et non pas vers une croyance basée sur une doctrine purement théorique.
" L'existence, selon les soufis, est la trouvaille de Dieu dans l'ecstase. " ( Al-futûhât al-makiyya )
Plusieurs traditions soufies existent. La plupart sont liées à l'islam de par leur allégeance à Muhammad et au Coran mais quelques unes se déclarent tout de même indépendante face à cette religion. Par contre, ce qui distingue généralement les soufis c'est la recherche de ce qui transcende la banalité du rituel. En plus des habituels cinq pilliers auquel le croyant doit se soumettre en islam: la déclaration de foi, la prière aux heures prescrites, le pèlerinage à la mecque, la charité ainsi que le jeûne, le soufisme islamique accorde une importance particulière au samâ, c'est à dire l'ecstase atteinte à travers la musique et la danse. Cet état " d'intoxication " et de " folie " ne se produisant qu'au contact de la dimension divine.
C'est donc cette recherche de l'ecstase qui caractérise autant le shamanisme que le soufisme et c'est aussi celle-ci qui différencie ces deux traditions de la plupart des religions existantes puisque cette recherche implique une quête de l'expérience directe faisant défaut à la grande majorité des cultes. Ce qui vaux la peine d'être souligné c'est que cet état psychologique altéré, convoité par les adeptes de ces deux traditions bien particulières, est habituellement généré grâce à des méthodes semblables, c'est a dire la musique, la danse, le chant et l'intoxication. Ce qui m'amène personnellement à considérer le soufisme comme une forme de shamanisme spécifique au monde arabe, faisant usage des symboles propres à cette culture pour se définir et élaborer ses principes.
Il apparait également clairement à quiconque ayant fait une étude approfondie du shamanisme, que les trois grandes religions monothéistes, le judaisme, le christianisme et l'islam, puisent toutes trois leur symbolique dans un passé lointain ou le shamanisme forgeait déja la vie spirituelle de l'homme. De ce fait, celles-ci, malgré leur prétention à innover au niveau spirituel, demeurent des traditions s'inspirant de traditions encore plus anciennes et de concepts tout aussi anciens existant bien avant leur apparition.
La plupart des mythes religieux dont sont constituées nos religions contemporaines proviennent de l'époque précédant l'histoire écrite. Des symboles comme l'axis mundi, c'est à dire l'axe du monde, présenté sous la forme d'un arbre, d'une montagne, d'une échelle, d'une corde ou encore d'une liane reliant le ciel et la terre et qu'il est possible d'utiliser pour visiter autant les mondes inférieurs que supérieurs, datent d'avant l'avènement du monothéisme. La mort et la résurrection sont également des symboles intrinsèques au shamanisme puisque dans la plupart des traditions shamaniques, le shaman endosse finalement son rôle seulement après une initiation ou il doit " mourir ", de façon symbolique et revivre à sa nouvelle vie. La visite de monde supérieurs mais aussi de mondes inférieurs et la rencontre avec certaines entitées fait également partie intégrante du shamanisme.
C'est donc après avoir étudié le phénomène pendant de longues années que Mircea Éliade élabora une définition officielle pour décrire le shamanisme. Une définition se situant au delà des attributs culturels relatifs à l'endroit et à l'époque. Il décrivit le shamanisme ainsi: un éventail de techniques pratiquées dans le but de générer l'ecstase.
Que ce soit par le biais de la musique, du chant, de la danse ou de l'intoxication, le shaman se spécialise de par sa capacité a entrer dans une transe ecstatique lui permettant de vivre toute une gamme d'expériences innaccessibles à d'autres. Le shaman est le spécialiste de l'abstrait; quand les moyens habituels ne suffisent plus, c'est lui qui offre de nouvelles pistes de solutions. Dans un monde ou la force brute offre l'avantage sur les compétiteurs, le shaman est celui qui possède la clé des symboles de l'imaginaire et c'est ce qui lui permet d'altérer l'esprit de ses semblables et ainsi de les inspirer. Il est l'artiste primordial.
Bien sûr, avec l'avènement de l'agriculture voila environ douze mille ans, la société humaine autrefois nomade, commence à entrevoir les avantages d'un mode de vie sédentaire et développe donc une nouvelle forme de culture basée sur la stabilité résultant d'une compréhension accrue des cycles naturels. Les premiers signes de cette forme de cohabitation se retrouvent au proche-orient, au coeur du croissant fertile, à des endroits comme le site de Çatal Huyuk, considérée comme ayant étée l'une des premières " villes ". C'est donc dans cette zone que se bâtirent les premières civilisations et c'est aussi là que prirent forme les premières religions organisées, d'abord polythéistes mais aussi éventuellement monothéistes.
C'est dans ce contexte que vécu Abraham, à qui l'on doit, si l'on en croit la légende, le monothéisme avec lequel nous sommes désormais familiers et c'est en Égypte que nacquis le fondateur du Judaisme, Moise. Ce dernier, au sommet du Mont Sinai, parla à Dieu et reçu de lui des instructions qui lui permettèrent d'élaborer les fondations du judaisme et de guider les hébreux hors d'Égypte, loin de l'influence du pharaon de l'époque. Ce mythe contient une bonne quantité de symboles également attribués au shamanisme et comme l'époque n'était pas loin ou celui-ci constituait encore l'essence de la pratique religieuse humaine, il est normal qu'il ait influencés les nouvelles religions en devenir. Le fait, par exemple, que Moise ait reçu sa révélation, les dix commandements, au sommet du Mont Sinai, évoque clairement le concept de l'axis mundi que le shaman escaladait depuis des temps immémoriaux dans le but de s'entretenir avec les " grands esprits " et de ramener ensuite l'information à son peuple.
Après Moise vint Jésus qui, selon la légende, passa quarante jours de solitude à jeûner dans le désert et occupa le reste de sa vie à révolutionner le système religieux déja en place et à prêcher en faveur d'un mode de vie simple orienté vers le Divin. Cela fit de lui un personnage légendaire à qui on attribut des qualitées divines. Sa mort fit de lui un martyr ainsi qu'un être hors du commun puisque, selon la légende, trois jours après avoir été cruçifié il revint à la vie. Cela n'est pas sans évoquer le concept d'initiation permettant au shaman de devenir un guide pour sa communauté au prix de sa vie. De plus la croix, sur laquelle il fut cruçifié, n'est pas sans rappeller elle aussi l'axis mundi permettant d'accéder à la révélation. Il serait possible ici de plonger dans l'analyse de plusieurs autres symboles chrétiens dérivés du shamanisme, par exemple le mythe du serpent et du jardin d'Éden, le serpent étant un symbole intrinsèque au shamanisme, mais cela ne ferait qu'allonger cette présentation.
Finalement apparait Muhammad, prophète de l'islam. La vie de Muhammad est particulièrement teintée de symbolisme shamanique. On n'a qu'à penser à l'endroit ou se produisit sa première révélation, le sommet du Mont Hira' ainsi que la nuit du Mi'raj ou il chevaucha Buraq, mythique créature ailée semblable a un cheval envoyée par Dieu dans le but de le porter jusqu'aux sept cieux ou il eux le loisir de s'entretenir avec ses ancêtres, c'est à dire tout les prophètes de la tradition d'Abraham mais aussi avec Dieu lui même.
L'islam engendra une tradition difficile à catégoriser nommée soufisme. Les soufis et leur pratique sont difficiles à décrire. Souvent considérés comme les mystiques de l'islam, les soufis s'évertuent, à l'instar du shaman, à atteindre un état ecstatique résultant du contact avec la présence divine. Autrement dit, tout comme le shamanisme, le soufisme oriente ses adeptes vers l'expérience directe et non pas vers une croyance basée sur une doctrine purement théorique.
" L'existence, selon les soufis, est la trouvaille de Dieu dans l'ecstase. " ( Al-futûhât al-makiyya )
Plusieurs traditions soufies existent. La plupart sont liées à l'islam de par leur allégeance à Muhammad et au Coran mais quelques unes se déclarent tout de même indépendante face à cette religion. Par contre, ce qui distingue généralement les soufis c'est la recherche de ce qui transcende la banalité du rituel. En plus des habituels cinq pilliers auquel le croyant doit se soumettre en islam: la déclaration de foi, la prière aux heures prescrites, le pèlerinage à la mecque, la charité ainsi que le jeûne, le soufisme islamique accorde une importance particulière au samâ, c'est à dire l'ecstase atteinte à travers la musique et la danse. Cet état " d'intoxication " et de " folie " ne se produisant qu'au contact de la dimension divine.
C'est donc cette recherche de l'ecstase qui caractérise autant le shamanisme que le soufisme et c'est aussi celle-ci qui différencie ces deux traditions de la plupart des religions existantes puisque cette recherche implique une quête de l'expérience directe faisant défaut à la grande majorité des cultes. Ce qui vaux la peine d'être souligné c'est que cet état psychologique altéré, convoité par les adeptes de ces deux traditions bien particulières, est habituellement généré grâce à des méthodes semblables, c'est a dire la musique, la danse, le chant et l'intoxication. Ce qui m'amène personnellement à considérer le soufisme comme une forme de shamanisme spécifique au monde arabe, faisant usage des symboles propres à cette culture pour se définir et élaborer ses principes.
Il apparait également clairement à quiconque ayant fait une étude approfondie du shamanisme, que les trois grandes religions monothéistes, le judaisme, le christianisme et l'islam, puisent toutes trois leur symbolique dans un passé lointain ou le shamanisme forgeait déja la vie spirituelle de l'homme. De ce fait, celles-ci, malgré leur prétention à innover au niveau spirituel, demeurent des traditions s'inspirant de traditions encore plus anciennes et de concepts tout aussi anciens existant bien avant leur apparition.
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