Ceci est un passage du livre " Mother of Knowledge - The Enlightenment of Ye-shes mTsho-rgyal " publié en 1983 par Dharma Publishing.
À la lecture de ce passage, il m'est venu a l'esprit que plusieurs similitudes existent entre la montée du bouddhisme en orient et celle du christianisme en occident. Ceux à qui le passage fait référence, les " hérétiques bon-pos ", sont en fait des autochtones tibétains pratiquant une ancienne religion proche du chamanisme, surtout centralisée a l'ouest du pays avant l'implantation du bouddhisme, s'étant déroulée selon la majorité des sources au 7e siècle grâce à l'influence de Padmasambhava.
Ce qui m'a surtout surpris de ce passage c'est le mépris exprimé a l'égard des bon-pos. Mépris qui n'est pas sans rappeler le comportement agressif et méprisant adopté par l'église chrétienne envers les " paiens " et les " primitifs " au cours des siècles et de ses multiples missions autant en Europe qu'en Amérique et en Afrique.
Je n'avais jamais vu le bouddhisme sous cet angle auparavant mais quand on y pense, le bouddhisme, tout comme le christianisme, est issu d'une tradition plaçant une grande importance en un personnage mythique supposé représenter la quintessence de l'humanité; un messie sensé nous avoir transmis les moyens de réaliser ce que lui même est parvenu a atteindre. Il n'est donc pas surprenant de constater plusieurs liens entre les deux traditions. Et tout comme pour le christianisme, le bouddhisme eu à confronter différentes traditions déja bien établies sur les territoires qu'il parvint a conquérir lors de son expansion, souvent au prix de la vie d'innocents. De plus, le bouddhisme et le christianisme, par la force des choses, se sont retrouvés tôt ou tard influencés eux aussi par les traditions pré-existantes dans les contrées qu'ils avaient nouvellement conquises.
Extrait de wikipédia:
" Au VIIe siècle, le dernier roi, Ligmirgya, fut assassiné par le roi Songtsen Gampo. Le Zhang Zhung devint alors partie intégrante du Tibet ; il fut peu à peu tibétanisé et sa culture philosophique et religieuse imprégna celle du pays vainqueur.
Suivant l’intérêt croissant pour le bouddhisme, marqué par la création du monastère de Samye en 779 et son établissement comme religion d’État à la fin du VIIIe siècle, le Bön fit l’objet de persécutions et de tentatives d’éradication, pour des raisons plus souvent politiques que religieuses. Néanmoins, ses adhérents, aussi bien dans la noblesse que dans le peuple, s’accrochèrent à leurs convictions et il survécut, aidé probablement par une crise de la royauté tibétaine en 842. Elle lui permit sans doute de se revigorer dans les régions excentrées où avaient fui au VIIIe siècle, période particulièrement difficile, beaucoup de prêtres bönpo. Ils auraient auparavant caché leurs écritures afin de les conserver pour les générations futures. Drenpa Namkha, l’une des plus grandes personnalités bönpo de cette époque, se convertit au bouddhisme dans le but de préserver et de transmettre en secret les enseignements au risque de sa vie ; il fut disciple de Padmasambhava. On peut encore citer Gyerpoung Nangzer Lopö et Tséwang Rigdzin. "
Une autre grande similitude entre le bouddhisme et le christianisme se trouve dans le fait que les deux religions prétendent toutes deux avoir apporté certaines innovations n'existant pas avant leur époque et vont également, plus ou moins subtilement, jusqu'à prétendre qu'avant leur existance, l'homme n'était pas une créature spirituelle et que celui-ci s'est retrouvé " sauvé " par l'intervention de leurs prophètes, Jésus ou Bouddha, selon la tradition.
D'ailleur, parlant de Jésus et Bouddha, qui peut nier la ressemblance entre ces deux figures mythiques? Jésus, comme bouddha, semble avoir été infusé d'un savoir unique lié à la réalisation de la vraie nature de la réalité et du monde, il semble aussi avoir triomphé de la mort et passé sa vie a prêcher et a enseigner la voie qu'il endossait: le détachement face aux intrigues de ce monde, le renonçement face aux richesses et la pratique de l'humilité face aux mystères. De plus, l'iconographie de ces deux religions représentent leur " modèle " avec la tête entourée d'un hâlo lumineux, signe de son " illumination ". Ce détail pouvant également suggérer une toute autre théorie ( l'astro-théologie ) à laquelle je reviendrai fort probablement dans une édition future.
J'ai pensé suggérer ici quelques exemples tiré du livre " Kabir - The Weaver of God's name " publié en 1984 par Radha Soami Satsang Beas, démontrant a quel point la doctrine de Jésus Christ est similaire a la tradition yogique Indienne, de laquelle origine Bouddha. Je présente ici d'abord la version anglaise des paroles de Kabir pour ensuite traduire librement en français le sens de cet exemple. Ensuite, je propose une citation du nouveau testament attribuée à Jésus, encore une fois d'abord en anglais et ensuite en français dans le but de démontrer la similitude entre les deux traditions.
Alors voila:
- " Kabir expresses surprise that when the Bodiless One resides within the human body, no one seeks Him there; people do not try to realize the One who is so close to them. "
" Kabir exprime sa surprise que tant de gens cherchent Dieu partout sauf a l'intérieur d'eux même. "
En Luc 17-21, une suggestion semblable est énoncée: " Neither shall they say, Lo here! lo there! for, behold, the kingdom of God is within you. "
La traduction française n'est pas aussi satisfaisante relativement a cet exemple, mais je me permet tout de même de l'inclure ici: " On ne dira point: Il est ici, ou il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. " ( Normalement la traduction française aurait dû être: " le royaume de Dieu est en vous. "
- " That which is visible is perishable; contemplate on Him who is invisible. When you turn the key to the tenth door, then you will have the darshan of the Merciful One. "
" Ce qui est visible est périssable; contemplez donc Celui qui est invisible. Quand vous plaçerez votre clée dans la serrure de la dixième porte, alors vous aurez la bénédiction du Miséridordieux. " * Note: Dans la tradition Indienne, le troisième oeil est parfois surnommé la dixième porte parce qu'il est considéré comme la dixième ouverture du corps humain après les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines, la bouche et les deux ouvertures inférieures.
En Mathieu 6-22, on constate que le Christ aussi suggérait de concentrer son attention a l'intérieur de nous même afin de réaliser ce qui passe habituellement innaperçu en une phrase évoquant le fameux " troisième oeil ": " If therefore thine eye be single, thy whole body shall be full of light. "
" L'oeil est la lampe de ton corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé. "
- " Beyond all words and beyond all letters is the Nam that I speak of. I have brought with me the original Word in this transient world. "
" Au-delà de tous les mots et de tous les charactères est le son dont je parle. J'ai ramené avec moi le Mot original au sein de ce monde éphémère. "
Le Christ également fait mention à plusieurs reprises de ce " mot " ou ce " son " duquel origine le monde. Psaumes 119-160, 72-17 et 135-13: " Thy word is true from the beginning and everyone of thy righteous judgements endureth forever. " " His name shall endure forever. " " Thy name, O Lord, endureth forever and thy memorial, O Lord, throughout all generations. "
" Le fondement de ta parole est la véritée et toutes les lois de ta justice sont éternelles. " " Son nom subsistera toujours. Aussi longtemps que le soleil, son nom se perpétuera. " " Éternel! ton nom subsiste à toujours. Éternel! ta mémoire dure de génération en génération. "
- " The worship that the Lord approves not, in that worship the world is entangled. The worship that is dear to His heart, these worshippers know not. "
" Le culte que Le Seigneur n'approuve pas, dans ce culte le monde est absorbé. Le culte qui est cher a Son Coeur, ces dévots ne connaissent pas. "
En Jean 4 22-24, Jésus dénonce la même chose, c'est a dire la tendance superficielle que prend souvent la spiritualité chez l'homme: " Ye worship ye know not what: we know what we worship... But the hour cometh and now is, when the true worshippers shall worship The Father in spirit and in truth... God is a spirit and they that worship Him must worship Him in spirit and in truth. "
" Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons... Mais l'heure vient et elle est déja venue, ou les vrais adorateurs adoreront Le Père en esprit et en vérité... Dieu est esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité. "
Je pourrais continuer longtemps ainsi, mais je crois que mon argument est clair: malgré l'opinion personelle des croyants appartenant soit aux multiples sectes constituant la foi chrétienne, soit aux croyants de celles constituant le bouddhisme, il s'avère clair que l'essence du message est la même. Le Christ et le Bouddha pointaient dans la même direction et ce n'est pas tout: le culte s'étant développé après eux s'est rendu coupable du même genre de comportement: la conversion de masse et la conquête de territoires ayant auparavant appartenu a des peuples possédant une culture distincte et originale qui fût par la suite assimilée soit totalement ou en partie par l'implantation agressive de ces nouveaux cultes.
De wikipédia: " Le roi Açoka (274-236), par ses conquêtes et son influence, contribua à l'extension du bouddhisme vers le Cachemire, l'Afghanistan, Ceylan et la Birmanie. "
Ce ne fût que le point de départ d'une grande expansion de cette idéologie qui finira par atteindre le Sri Lanka au sud et, au nord, le Tibet et, au-delà, la Chine en plus de l'Indonésie et du Japon. Éventuellement, l'avènement du bouddhisme en Inde, depuis longtemps Hindoue, n'est pas sans rapeller l'avènement du christianisme au sein de l'empire Romain:
"les textes déclarent que « tous les bouddhas naissent en Inde, prêchent en Inde et y atteignent le Nirvâna », le Bouddha Sâkyamuni ne fait pas exception. Pendant de nombreux siècles (du Ve siècle au VIIe siècle apr. J.-C.), le bouddhisme sera vulgarisé et transmis dans toutes les régions de l'Inde. Les souverains accepteront eux aussi de soutenir cette religion, même contre l'hindouisme."
Pour terminer, malgré l'attrait que peut représenter le bouddhisme pour les occidentaux avides d'alternatives au christianisme, il est important de réaliser que malgré la symbolique et l'iconographie parfois différente de ces deux religions, l'essence et le sens restent les mêmes et qu'ultimement, celles-ci représentent surtout des innovations accessibles, romantisées et vulgarisées de croyances beaucoup plus anciennes datant de l'époque paléolitique. En se renseignant sur la symbolique des mythes chamaniques, je suggère par exemple de lire " Shamanism - Archaic techniques of ecstasy " de Mircea Eliade, on réalise rapidement que les grandes religions que nous connaissons aujourd'hui recyclent en fait d'anciens symboles remontant à un passé encore plus éloigné que celui nous semblant déja lointain ou des personnages mythiques comme Jésus et Bouddha agirent comme instigateurs d'un nouveau courant ambitieux faisant de la spiritualité non plus une affaire bien personelle, mais globale.

No comments:
Post a Comment